Depuis Futur, son sixième album sorti en 2012, puis sa réédition l’année suivante, Booba ne fait plus l’unanimité. Alors qu’il touchait des sommets sur Lunatic ou Autopsie Vol. 4, B2O a montré ensuite se satisfaire dans une certaine facilité comme le montre l’inégalité des deux projets suivants ou ses apparitions sur les morceaux de KaarisAlonzo ou 40000 Gang. Naturellement, cette complaisance s’est ressentie en partie dans les extraits de D.U.C, septième album événement. Alors que 3G ou Tony Sosa étaient excellents, OKLM et Billets Violets montraient un rappeur en roue libre se complaire à écraser la concurrence et amasser les liasses sans trop d’efforts. Entre génie et facilité, instants de grâce et fautes de goûts, D.U.C ne fait ainsi que prouver un peu plus ce que laissait entrevoir Futur.

Ce septième album est un disque décomplexé. Du haut de sa richesse, Booba expérimente et s’aventure vers d’autres sentiers. Ainsi, on retrouvera des sonorités électroniques sur Loin d’ici ou All Set, des instrumentales tout en piano comme Mon Pays ou LVMH, du reggaeton sur G Love et les habituelles ballades auto-tunées, le tout au milieu d’une trap toujours autant inspirée du rap américain (on peut par exemple deviner du London’ On The Track sur Les Meilleurs). Toutefois, bien que ces expérimentations soient intéressantes, elles montrent un manque de direction artistique, déjà caractéristique de Futur. Très long, D.U.C contient des erreurs et d’inadmissibles fautes de goût: l’auto-tune de Jack Da est repoussant, celui de Billets Violets ruine l’instrumentale de Wealstarr, les expérimentations électro sont ratées et la connexion avec Lino n’épouse pas totalement les attentes d’une telle collaboration.

Semelles rouges: c’est pas Louboutin, c’est le sang de l’adversaire
Est-ce que mon fils est un gosse de riche si j’l’ai conçu dans le RR ?

Cependant, le Duc évite le naufrage avec de réels morceaux de bravoure. Il y a d’abord D.U.C et sa splendide instrumentale d’X-Plosive, puis l’énergique collaboration avec Future, décidément imbattable ces derniers mois. Le très bon Mr. Kopp rappelle l’époque 0.9 tandis que l’hypnotique La Mort leur va si bien, bien que connu depuis plus d’un an, reste un titre imparable. En partie, c’est lorsque Booba se découvre et laisse entrevoir des sentiments ou des faiblesses (l’amour pour sa fille et son fils, les souvenirs de sa jeunesse parisienne, la tristesse du deuil de Bram’s) qu’il arrive à sublimer le caractère de certains morceaux, comme la fausse mélancolie de Mon Pays ou la solitude dans LVMH. Certains souhaitaient l’album de trop, d’autres voulaient un chef d’oeuvre, D.U.C se situe entre ces deux pôles: trop long, il contient beaucoup de fautes de goût mais assez d’instants de grâce pour valoir une écoute et espérer en vivre plusieurs.

Je sais plus quoi mettre, je suis trop bien loti
Je t’en prie, marche sur mes Zanotti

Alors qu’il chante faire du sale mais n’avoir plus la rage sur Billets Violets, c’est justement les titres dans lesquels Booba montre de la détermination qui sont les plus réussis, comme 3G, écrit en réponse aux critiques de KennedyTariq Ramadan et Saïd Taghmaoui sur ses propos sur le conflit israélo-palestinien. Aujourd’hui, il manque à Booba la rage des débuts, le sentiment de pouvoir amasser toujours plus et celui d’être atteignable, en danger. Malheureusement, ce n’est pas les chiffres de vente de D.U.C qui risquent de changer ça.

Par Dimitri.

3 commentaires

  1. Je suis en partis d’accord avec t’a chronique, c’est vrai qu’il est loin le Booba dès début, mais faut se rendre à l’évidence ça fais plus de 20 ans qu’il est dans le game, l’inspi et le travail d’écriture n’est plus le même faut être indulgent et ne pas prendre les critères de l’époque à maintenant. Le rap a beaucoup changé.. ce que je trouve remarquable c’est qu’il s’est adapté à son époque, il a fournis un album super diversifié qui touche un large public.
    Voilà après je comprend tout à fait ton ressentit, y a peu de morceau rap où l’on ressent la rage de ses débuts, celle qui nous fait Kiff le duc, mais pour ma part, je félicite la réel prise de risque, quand on écoute les albums de Gradur, Alonzo, Kaaris, je trouve qui ne se sont pas foulé.

    1. Bien entendu, je juge d’ailleurs cet album sur des critères de maintenant. Je ne veux pas qu’il rappe comme à l’époque, « Temps Mort 2.0 » n’est d’ailleurs de loin pas mon morceau préféré. L’auto-tune ne me dérange pas, je trouve ça extrêmement bien fait sur « La Mort leur va si bien » et ça apporte de la mélodie tout au long de l’album, chose qui est vraiment plaisante. Je trouve juste qu’il lui manque l’envie qui le rend encore meilleur, comme sur « 3G » qui a été écrit en réponse d’une polémique. Sinon, de manière générale, Booba est un des rares rappeurs qui a su traverser les années, du boom-bap de l’époque au Dirty South en 2006 jusqu’à la trap d’aujourd’hui. Du coup, je me permets d’être indulgent :). Enfin, D.U.C est un album qui fait parler de lui, c’est aussi une réussite en soi.

      Sinon, merci pour ton commentaire, c’est toujours constructif de débattre et D.U.C donne matière à faire.

  2. Effectivement il y a quelques titres ratés comme LOIN D’ICI, ALL SET, JACK DA et même Mr KOPP. A l’inverse il y a beaucoup de sons excellents. Je ne vais citer que mes 5 favoris :
    – DUC
    – Bellucci
    – G Love
    – Tony Sosa
    – Mové Lang

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