Nous avons rencontré Nakk à l’occasion de la soirée One Shot le 27 septembre passé au Ned de Montreux. S’en suivit une très belle soirée avec d’énormes lives jusqu’à 3 heures du matin. Avec des premiers succès à la fin des années 90, Nakk est un emcee qui a su durer. Il nous montre encore tout son talent sur Supernova, son dernier EP sorti en 2013. Cette rencontre fût l’occasion de parler de beaucoup de choses avec la petite légende du rap français qu’est Nakk Mendosa. Nous avons discuté avec lui des caractéristiques de son style, de son futur encore prometteur, mais aussi des grandes oppositions du rap français, ou encore de l’ère internet et de ses impacts. Au final, nous avons passé un très bon moment avec un Nakk décomplexé. Son prochain album devrait sortir en 2015, pour en savoir plus et connaître un peu mieux ce rappeur talentueux, lisez la suite.nakk-3

Hip Hop State Of Mind : On aimerait parler un peu de ton style, le style assez typé dans lequel tu écris et tu rappes. On va essayer de revenir sur tes débuts dans le rap pour en parler. Il y a une approche qu’on pourrait qualifier de sympathique dans tes textes, tu es ouvert dans tes thèmes, tu peux aborder des sujets assez street mais sur un ton frais et drôle parfois. Est-ce qu’il y a une volonté là-dedans de te démarquer d’un style trop hardcore ?

Nakk : Non, non c’est pas volontaire, c’est naturel en vrai. Je suis moi-même. Je pense qu’il y a beaucoup de rappeurs qui font ce qui fait bien, mais moi pas. Si tu trouves que c’est typé c’est parce que c’est moi, je fais des trucs qui me ressemblent, c’est pas dans le but d’être dans un délire précis.

HHSOM : Tu es arrivé aussi dans une époque où les thèmes street dominaient beaucoup…

Nakk : Oui, ça plaira toujours… mais il y a de la place pour tout le monde dans le rap. Si tu arrives avec ton truc et les gens sentent que c’est vrai et que ça leur parle, ça peut marcher.

Tu vois, un morceau comme Chanson Triste c’est pas un morceau super technique…

HHSOM : L’autre aspect de ton style qui a beaucoup marqué, c’est ce côté très technique. Tu utilisais, à l’époque en tout cas, vraiment beaucoup de multi-syllabiques, de jeux sur les sonorités, de jeux de mots. A l’époque, comment tu concevais un texte par exemple de l’acabit de Sans, issu de Street minimum ?

Nakk : C’est vrai qu’à l’époque j’étais vraiment très axé technique mais à un moment tu comprends que pour que ton propos soit plus percutant, il faut un peu mettre de côté l’aspect technique. La technique c’est aussi un truc entre rappeurs pour s’impressionner. Mais tu vois par exemple un morceau comme Chanson Triste c’est pas un morceau super technique…

HHSOM : Ouais,… encore que… (Rires)

Nakk : Ouais, pour moi en tout cas (Rires). Ce que je veux dire, c’est que c’est pas de la technique à outrance, Sans c’est un morceau où la technique est présente à outrance. Je voulais me prouver que j’arrivais à faire ça. Mais en vieillissant, tu fais de plus en plus de titres où tu privilégies le fond. Tout en soignant la forme, je ferais jamais un truc basique ! Mais ce qui m’intéresse maintenant c’est que le propos soit pertinent, qu’il y ait de belles formules, etc…

HHSOM : Chanson triste, ta chanson, on peut le dire, la plus connue, n’est effectivement pas seulement technique.

Nakk : Oui et c’est un peu depuis ce titre que je me suis rendu compte que des fois dire les choses simplement faisait mieux passer le message et touchait mieux les gens. Parfois pour faire passer l’émotion, il faut laisser de côté la technique.

HHSOM : Est-ce qu’il y a des figures précises qui ont contribué à forger ton amour pour la technique ?

Nakk : Oui, il y a Akhenaton, Dany Dan, Oxmo, MC Solaar, Ill aussi. Quand j’ai vu les jeux de mots que MC Solaar était capable de faire ça m’a grave choqué à l’époque. Un noir de cité comme ça qui fait des jeux de mots comme les poètes !

HHSOM : Et en dehors du rap, des autres choses t’inspirent ?

Nakk : Je lis vraiment pas de livres en fait, j’ai de la peine, mais d’autres choses, c’est sûr. Je suis beaucoup influencé par des séries ou des films. The Wire ou The Shield, par exemple, pour les séries.

Les choses que j’ai traversées font que je ne rappe plus de la même manière, il y a eu des naissances, des décès…

HHSOM : Toujours par rapport à ton style, est-ce que tu sens ton influence chez certains rappeurs plus jeunes aujourd’hui ?

Nakk : Des gens me disent « ouais lui ça se voit qu’il t’a suriné ! » mais moi j’arrive pas à voir ce genre de choses. Je peux le voir pour les autres, aussi, mais pas pour mon style. Parfois, je peux me dire « ah tiens ce jeu de mot, je l’aurais bien trouvé moi », ça veut dire qu’on a un style similaire, j’ai peut-être influencé le mec. Après c’est un grand relais, ceux que j’influence, ils vont en influencer d’autres et ainsi de suite. Je prends pas ça mal en tout cas, c’est plus un compliment.

HHSOM : Par rapport à cette nouvelle génération justement, quel regard tu portes sur eux ? On peut penser à Missak qui te backait ou Dinos Punchlinovic qui a fait un titre sur Darksun

Nakk : Ouais sur la nouvelle scène, il y a plein de bons jeunes rappeurs. Mais comme pour Missak ou Dinos, c’est dur de juger comme ça. Il faut qu’il trouve leur voie, leur univers… On ne juge pas un rappeur sur un titre ou sur un featuring, il faut plusieurs projets pour voir si le mec tient vraiment la route.

HHSOM : Ton style a bien évolué depuis l’époque, au niveau technique, mais aussi au niveau des thèmes. On peut citer une phrase du morceau Invincible de Le Monde est mon Pays : « c’est Nakk, 30 ans, lyrics de daron comme Chill » donc Chill c’est Akhenaton, est-ce que, avec l’âge tu as l’idée de devoir passer un message plus positif dans ta musique ?

Nakk : Oui, bien sûr, mais sans non plus faire la morale aux gens. En vrai, même à 30, 35, 40 ans, tu fais du rap, ça reste dans un esprit jeune. On se met devant sa feuille, on fait des multi-syllabiques et on est content, ça reste toujours un peu gamin d’un côté. Mais oui les choses que j’ai traversées font que je ne rappe plus de la même manière, il y a eu des naissances, des décès…

HHSOM : Et tu penses que certains rappeurs devraient plus assumer leur âge ?

Nakk : Oui, c’est vrai ! Certains vieillissent et tiennent toujours des propos de jeunes de 20 ans. Personnellement, j’aime que mes textes reflètent mon âge quoi… D’un côté, on est des gamins mais de l’autre il faut assumer un peu.

HHSOM : C’est vrai que l’esprit Hip Hop reste un esprit jeune, il y a une association forte…

Nakk : Ouais c’est vrai ! Mais je pense que tant que tu restes cohérent dans ta manière de faire, tu peux rapper frère ! Tu déranges personne !

Je veux vraiment prendre le temps pour sortir le prochain projet dans de bonnes conditions. Il y a de grandes chances que ça soit un album qui sortirait courant 2015.

HHSOM : C’est vrai que tu fais un rap assez posé, calme, qui est assez accessible au niveau du public, contrairement à d’autres styles plus brut, plus sale. Comment tu expliquerais que c’est plus ce rap brut qui marche ?

Nakk : Ouais, mais tu vois les gens préfèrent les films d’action que les films d’auteurs. On est toujours attiré par le truc virulent, moi aussi. Sur Paris, les gens aiment bien les rappeurs avec une image puissante un peu caillera, qu’un rappeur posé et conscient, je peux comprendre.

HHSOM : C’est la force du rap aussi, il y a un rap pour tout…

Nakk : C’est clair ! Mais c’est une question de goût après, il y a des gens comme Orelsan et Youssoupha qui ont un rap très posé et qui trouvent leur public.

HHSOM : Pour changer un peu de sujet, ton dernier projet en date, c’est Supernova, quels retours as-tu eu sur ce projet?

Nakk : Tout mes projets m’ont apporté beaucoup. Darksun m’a un peu fait revenir, Supernova ça a encore enfoncé le clou, j’aurais pu enchaîner mais j’ai calmé un peu par manque de motivation. Dans les faits, ce projet m’a apporté des concerts, des feats,… Mais les retombées, si c’est pas maintenant, on les a plus tard, les gens retrouvent tes projets plus tard parfois. Les morceaux voyagent.

HHSOM : Et pour la suite, qu’est-ce que tu nous prépares comme projet ?

Nakk : Pour l’instant j’ai 10 titres de prêts. J’ai l’instru et le texte, ils sortiront sûrement sous la forme d’un album. Je veux vraiment prendre le temps pour sortir le prochain projet dans de bonnes conditions. Il y a de grandes chances que ça soit un album qui sortirait courant 2015. Après je suis à un moment de ma carrière où je sais quand je fais un bon titre. Et là, je sais que ça vient bien.

Je vais sortir plein de projets, c’est loin d’être la fin! Je suis très motivé, bizarrement…

HHSOM : Et par rapport à Supernova qui est un EP, tu vas concevoir cet album différemment ?

Nakk : Ouais, il y a des différences mais il faut pas se prendre la tête, genre, « là c’est l’album, je sors mon béret et mes lunettes, je suis un lyriciste » (Rires). Il faut garder une spontanéité même si, oui, les thèmes seront plus poussés. Il faut pas trop se mettre de pression.

HHSOM : Et par rapport aux productions, tu sais un peu avec qui tu vas travailler pour la suite, des gens avec qui tu as déjà collaboré ou de nouvelles têtes ?

Nakk : Il y aura Twister, qui était déjà sur Darksun et Supernova, Therapy qui m’a déjà fait plusieurs prods. La suite sera très mélodique dans les prods, assez spatiale aussi.

HHSOM : On a pu lire que tu connaissais bien Therapy. Comment tu vois son succès avec Kaaris ?

Nakk : Ouais, on était ensemble au collège! Leur musique est diamétralement opposée à ce que je fais mais en fait, c’est de la musique, j’ai rien contre eux. Je suis sûr qu’il y a des gens qui écoutent Kaaris et Nakk.

HHSOM : Oui, nous dans l’équipe, par exemple (Rires).

Nakk : (Rires) Bah voilà, j’en ai devant moi. Après tu vois sur Paris, les gens sont assez à dire qu’ils n’aiment que les rappeurs conscients ou l’inverse, mais personnellement je peux écouter un Youssoupha, un Flynt mais aussi un Kaaris ou un Gradur même. C’est que de la musique frère !

HHSOM : C’est intéressant que tu dises ça en tant que rappeur parce que vrai qu’il y a une certaine guerre entre rap conscient et rap street, plus hardcore, mais parfois on a l’impression que cette guerre se situe plus au niveau des publics que des rappeurs.

Nakk : Exactement ! Moi, demain, je peux faire un morceau avec Kaaris, on pourrait faire un très bon morceau si ça se trouve ! Aux States, il y a plus cet état d’esprit, par exemple, Kanye West se mélange avec Young Jeezy alors qu’il a une image beaucoup moins dure que lui. Et le mélange donne des supers morceaux. En France, on est très focalisé sur l’image tandis que là-bas c’est du divertissement. C’est ça et l’amour de l’argent aussi…

Avec Internet, les possibilités sont énormes. Là, si je veux, on est samedi, je fais un morceau aujourd’hui, demain je vais en studio, lundi je le mixe, mardi je le clippe et mercredi il est sur la toile!

HHSOM: On voulait aborder la question de l’arrivée d’Internet pour les rappeurs, principalement ceux qui n’ont pas une visibilité énorme. Est-ce que, selon toi qui a vécu les deux ères, ça change beaucoup le rapport à la musique, au public?

Nakk: Ouais c’est clair! Tu peux tellement communiquer avec Internet. Les possibilités sont énormes. Là, si je veux, on est samedi, je fais un morceau aujourd’hui, demain je vais en studio, lundi je le mixe, mardi je le clippe et mercredi il est sur la toile! C’est fou. En 2000, ou avant, c’était complètement impossible de faire ça. Quand tu clippais un morceau, t’avais écrit le texte depuis 6 mois au moins! Il y a beaucoup d’inconvénients à Internet mais ça diffuse très facilement la musique, c’est un très bon côté.

HHSOM: Et tu penses que ça peut aider les artistes un peu underground à se faire connaître sans avoir besoin des médias ou d’autres intermédiaires?

Nakk: Ecoute, là si tu sors un clip, j’exagère, mais si ton clip fait 30 millions de vues, tu vas attirer des majors, pas de doute. Si t’as une page Facebook à 200’000 fans, tu peux signer grâce à ça. Maintenant, tu signes parce que tu fais déjà du bruit tout seul, avant il te signait juste parce qu’ils avaient un coup de coeur… Non, Internet donne des possibilités de fou! Mais il y a des gens qui abusent de ça aussi, qui te sortent des clips de la manière de laquelle je t’ai expliqué avant, toutes les semaines. Avant, si tu faisais un clip t’étais déjà validé. Regardes, tu rappes toi?

HHSOM: Euh non, moi je rappe pas.

Nakk: Bah, si tu veux demain, tu te mets à rapper et tu peux te faire ton clip! Ça y est, t’es un rappeur! (Rires)

HHSOM: (Rires) Ok, pour nous, on arrive à la fin, tu as un dernier mot?

Nakk: Alors pour la suite, l’album arrive! Il y aura sûrement des surprises par rapport aux feats. Tout va s’enchaîner. Je vais sortir plein de projets, c’est loin d’être la fin! Je suis très motivé, bizarrement…

HHSOM: On attend ça!

Nakk: Ça fait plaisir, tous les soutiens font plaisir. On coûte pas cher, de toute façon, dès que quelqu’un nous dit qu’on rappe bien ou quoi, on est content! On est jamais blasé de ce genre de choses!

HHSOM: Merci pour ton temps et bonne continuation!

Propos recueillis par Dimitri et Loïck

Un grand merci au Ned pour le contact!

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